Le bal des hypocrites - impressions

Publié le par Jean-Marie Pieri

 

L’ECRITURE COMME MOYEN DE REDEMPTION.

 

Dur à digérer : ce témoignage ne nous laisse ni indifférents, ni indemnes et pourtant il se lit d’une traite.


Affliction et mauvaise conscience nous tombent dessus, un parfum de « non-assistance à personne en danger » écrase.


Quelle lucidité cruelle, quelle dignité imposante, la honte me gagne dans mon confort douillet ! Sincérité, loyauté sont le fil d’Ariane du sujet : maîtres mots ou vertus cardinales d’un livre décapant.


Toute vérité est un combat et n’est pas bonne à dire : tous pour un et tous ligués contre elle la méchante, l’adversaire, l’affabulatrice qu’il faut vaincre et démasquer !!

Son défi lancé aux menteurs comme on jette un os à des chiens enragés. Tout ça pour quoi ? Pour voir ? On a vu c’est folie et démesure à la Don Quichotte !!

Les courtisans, la médiocrité, la valetaille et les spadassins grondent et bavent de haine : coupable d’avoir osé, d’avoir raison, de dévoiler cette descente aux enfers !

Le roi est nu, il ne faut pas le dire, je lui ai donné des coups de bâton (Les Fourberies de Scapin).

Pas d’Orphée pour te remonter Eurydice, tu remonteras seule, par tes faibles moyens, respirer à la surface, après avoir affronté le Minotaure et chassé les ombres « folles » de la célèbre caverne.


Ce chagrin en fil rouge déconcerte !

 


La litanie obsède, elle dérange : juste un cri feutré, à peine un souffle que l’on a tenté d’étouffer, de bâillonner, le sens d’un journal intime, d’une plongée dans l’eau du Styx, le fleuve de l’oubli.

« C’est moi qui vais mourir si je continue de me taire… et puisque je ne peux pas parler, je vais écrire. » (p120)


Point final du livre ! Quand le couperet tombe !

« Il n’y a pas mort d’homme » (p17) au royaume des démons !


Belle façon d’échapper au malheur avec l’écriture comme moyen de rédemption contre « la culpabilité qui laisse le méchant rire de toi, de ta lâcheté, de tes craintes » (p 103).

Esprit de revanche, vengeance allez-vous dire et bien non ! Fièvre étrange, petit nécessaire d’une écriture de survie « De grâce ne décidez pas une nouvelle fois à ma place » (p 53).

L’intelligence du cœur et la sensibilité d’une princesse réveillée en sursaut par l’ogre « Je suis pleine de boue ... sale jusqu’au cœur des os » le babouin chimérique s’avance « Quand je le vois son regard me glace » (p 16).


Une vie partie à la dérive il y a huit ans « l’Affaire, c’est juste une vie qu’on a jetée à la poubelle » (p 10) dit-elle !


« Le cochon m’a volé ma vie… et il m’a volé mes vingt ans » (p 9). « Se taire ? Refuser… ne rien faire, se faire toute petite, minuscule, une poussière ? » (p 34) la Cabale des dévots s’organise pour dénigrer, humilier, les docteurs de Molière s’empressent autour de la malade, l’affabulatrice « imaginaire », « faire ça c’est honteux… tu n’en sortiras pas grandie » (p 34) hideuses pressions, messages contrefaits des vautours de l’Inquisition.


Alice tu n’aurais jamais dû traverser ce miroir !


Crime de lèse-majesté, la garde des attablés autour du Maître es miracle, la cour des affidés s’active et l’écrivain moud un mauvais grain « me décrit menteuse aux dents longues, coupable d’avoir sali le grand homme » (p 11).


Tartuffe, tel le phénix renaît de ses cendres « présente des tissus de mensonges comme de la soie véritable » (p 15) et roucoule avec le philosophe, avec la diva du barreau sous les micros.


Les eaux du Styx porteuses de mort distillent le poison, les fièvres secrètes : ambitions, pièges délicieux et sournois  enflamment les caniveaux.


Pas d’autre alternative que de lutter et elle luttera pour « exister et survivre » !

 


Cette confession est un brûlot pour ceux qui savaient et n’ont rien dit, pour ceux qui pouvaient et n’ont rien fait !


Le silence, l’omission « la compassion dégoulinante » sont synonymes de mort lente. Le cercle des amis disparus s’est transformé en défilé d’ombres, « bal des hypocrites » fardés de mensonges, bardés de certitude, devant un miroir qui ne reflète rien d’autre que le vide !

 

Laissons le dernier mot à Tristane « aujourd’hui, je ne sais plus très bien qui je suis. Je crois que je deviens folle… mais je peux me regarder dans une glace. Je suis propre. Je n’ai pas menti. Jamais ».  Et vous Messieurs !! 

 

Jean-Marie Pieri

Publié dans Analyses

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